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#351 Le 03/11/2017, à 11:12

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

« La société du spectacle » (Guy Debord)

Le livre est divisé en 9 chapitres réunissant 221 courts paragraphes à très hauts niveaux conceptuels.

La société du spectacle dans laquelle nous sommes enlisés jusqu' au cou (et dans laquelle nous sommes tous à la fois victimes et acteurs) est analysée ici avec une pertinence constante, une grande profondeur dans une perspective historique reculée mais aussi contemporaine, avec même quelques accents de prescience pour un ouvrage rédigé en 1967.  L'auteur décrit bien toutes les formes d'aliénation qu'elle génère au cœur même de l'homme moderne quand le spectacle finit par devenir la réalité même et que la réalité devient elle-même spectacle (et là Guy Debord -qui rédige donc ce livre en 1967- semble déjà avoir l'intuition des émissions de « télé-réalité » de notre époque).

Par ailleurs, la lucidité et l'exigence critiques de l'auteur vont très loin quand il affirme que la critique du spectacle peut elle-même tomber dans un piège :
 

Guy Debord a écrit :

Pour décrire le spectacle, sa formation, ses fonctions, et les forces qui tendent à sa dissolution, il faut distinguer artificiellement des éléments inséparables. En analysant le spectacle, on parle dans une certaine mesure le langage même du spectacle, en ceci que l'on passe sur le terrain méthodologique de cette société qui s'exprime dans le spectacle. Mais le spectacle n'est rien d'autre que le sens de la pratique totale d'une formation économico-sociale, son emploi du temps. C'est le moment historique qui nous contient. 

(Et là on pourrait penser aux limites d'une émission comme « Arrêts sur Images » -et à un autre niveau bien plus bas-  à « Touche pas à mon poste » de Cyril Hanouna)

Par ailleurs, pour l'auteur, clairement, les maîtres de cette société du spectacle sont issus de la bourgeoisie = " la seule classe révolutionnaire qui ait jamais vaincu,  en même temps qu'elle est la seule pour qui le développement de l'économie a été cause et conséquence de sa mainmise sur la société. » Démonstration faite dans le chapitre IV intitulé « Le Prolétariat comme sujet et comme représentation. »

On ne ressort pas indemne d'une lecture pareille tant le constat est accablant et nous ramène à réfléchir sur nos propres comportements aliénés dans notre besoin constant et sans cesse renouvelé de spectacles  et de divertissements au sens les plus larges du terme. Et ce, d'autant plus avec les moyens modernes de diffusion et de transmission des images et des infos, sans oublier la puissance des réseaux sociaux où on est plus souvent spectateurs qu'acteurs et qui nous mettent, au fond, à la porte de nous-mêmes.

Guy Debord a écrit :

 Comme autre côté de la déficience de la vie historique générale, la vie individuelle n'a pas encore d'histoire. Les pseudo-événements qui se pressent dans la dramatisation spectaculaire n'ont pas été vécus par ceux qui en sont informés ; et de plus ils se perdent dans l'inflation de leur remplacement précipité, à chaque pulsion de la machinerie spectaculaire. 

... Ce qui peut faire penser aux nouvelles chaînes télé d'info en continu, à Tweeter etc...

En arrivant à la fin du livre, on aimerait quand même bien que l'auteur nous donne des perspectives possibles de sortie de ce doux cauchemar éveillé. Mais ce n'est pas son sujet ni son projet. Par contre, il affirme clairement ceci dans une préface rédigée en 1992 : « Il faut lire ce livre en considérant qu'il a été sciemment écrit dans l'intention de nuire à la société spectaculaire. » Et ça, on peut dire qu'il le fait fort bien !

Edit
 :  l'ouvrage est extrêmement difficile d'accès ce qui en rend la compréhension pas facile du tout, le plus souvent.  Mais il est essentiel et la prise de tête, à mon avis, vaut le coup même si on peut trouver qu'il y a pas mal de redites ou de déclinaisons d'une même démarche faite sur des  modes et des approches varié(e)s.  Donc à lire en prenant le temps sur des semaines (pour ne pas dire des mois) et à doses homéopathiques. Pour être honnête, j'ai carrément calé sur la compréhension de certains paragraphes. Donc si quelqu'un l'a lu en « mode actif » (comme j'ai essayé de le faire), en éprouvant les mêmes difficultés,  ça serait sympa de pouvoir échanger entre nous pour mieux éclairer nos lanternes respectives. Car c'est vraiment le genre de bouquin dont on peut avoir envie de discuter après l'avoir lu. On ne peut pas le refermer comme ça.


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#352 Le 03/11/2017, à 11:13

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

godverdami a écrit :

Pour se divertir, "Maudit Karma", un livre bien sympathique de David SAFIER qui est un écrivain allemand

Kim Lange est une femme comblée, animatrice télé, riche, vie de luxe,  trompe son mari à tour de bras et puis un stupide accident la fait passer de vie à trépas....pour se retrouver réincarnée en fourmi.
Et là c'est la galère, elle se retrouve dans la société des fourmis, hyper hiérarchisée, à travailler toute la journée sous la coupe d'un chef qui l'engueule quand par exemple, elle n'a pas réussi à correctement sécuriser un haribo...etc... tout ça ponctué par des discussions avec Bouddha.
La conscience du monde est restée et elle n'aura de cesse que de tenter de faire capoter la drague qu'a entrepris son ancienne  meilleure copine sur son mari devenu veuf.

Rires assurés car c'est truffé d'humour et je laisse à chacun le soin d'en tirer la substantifique moelle. Mais après lecture du livre, vous réfléchirez à 2 fois avant d'écraser une fourmi

C'est noté pour moi. Thanks You Man ! wink


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#353 Le 03/11/2017, à 11:51

Rufus T. Firefly

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Le spectacle dont parle Debord n'a pas grand-chose à voir avec la télé...

Guy Debord a écrit :

Tout ce qui était directement vécu s'est éloigné dans une représentation

Exemple : aujourd'hui on tourne autour du pâté de maison, à moitié torché, en braillant "on a gagné". Ça, c'est la représentation de ce qui était directement vécu, à savoir la participation bien réelle à des matchs de ballon ou d'autre chose.
ou encore

La société du spectacle : « le règne autocratique de l’économie marchande ayant accédé à un statut de souveraineté irresponsable, et l’ensemble des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnent ce règne »
Guy Debord, Commentaires sur la société du spectacle (1988), Paris, Gallimard, 1992, p.14

Les nouvelles techniques de gouvernement peuvent faire appel à de nouvelles technologies (internet par exemple), mais pas seulement...

Dernière modification par Rufus T. Firefly (Le 03/11/2017, à 11:52)


La provocation est une façon de remettre la réalité sur ses pieds. (Bertolt Brecht)
Il n'y a pas de route royale pour la science et ceux-là seulement ont chance d'arriver à ses sommets lumineux qui ne craignent pas de se fatiguer à gravir ses sentiers escarpés. (Karl Marx)
Il est devenu plus facile de penser la fin du monde que la fin du capitalisme

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#354 Le 03/11/2017, à 20:53

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Rufus T. Firefly a écrit :

Le spectacle dont parle Debord n'a pas grand-chose à voir avec la télé...

Mais tout à voir avec (entre autres, bien sûr) le concept de l'image, il me semble. Donc avec tout ce qui se rapporte à l'image et aux images Et à la puissance des représentations qu'elles peuvent susciter en nous. Ceci comprenant l'abrutissement des masses, (auxquelles nous appartenons tous, peu ou prou), bien entendu. En terme de concept opératoire à travers les époques, le concept de "spectacle" ne commence pas avec « la télé » d'ailleurs : on peut tout autant estimer qu'il a bien pu naître avec les gravures rupestres à l'âge des cavernes.

Edit : je n'ai pas encore lu « Les commentaires ». Je viens seulement de l'acheter mais je ne l'ai pas encore lu, en espérant qu'il m'aidera à décrypter ce qui m'a posé problème en termes de compréhension dans « La société du spectacle. » Car, comme je l'ai déjà dit plus haut, j'ai vraiment calé sur certains paragraphes.

Dernière modification par jackpot (Le 03/11/2017, à 20:55)


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#355 Le 04/11/2017, à 19:52

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

@ Rufus : un entretien audio entendu en début d'après-midi qui traite de ce que la littérature est devenue depuis l'émission « Apostrophes ». Il y est justement question de Guy Debord et de sa conception de la notion de spectacle. L'invité (Vincent Kaufmann) a d'ailleurs rédigé un livre sur Guy Debord (La révolution au servie de la poésie) que je n'ai pas lu.

https://www.franceculture.fr/emissions/ … postrophee


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#356 Le 23/11/2017, à 09:55

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?


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#357 Le 27/11/2017, à 21:06

CM63

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Bonjour,

En ce moment je lis "La courée" de Marie-Paul Armand. C'est une petite saga de gens du nord de la France, ça commence en 1840 et quelques, le train vient de se développer. La première héroïne travaille dans une filature. Ensuite elle se marie , a des enfants, etc, et il y a 3 tomes, je ne sais pas à quelle époque ça fini, je vous le dirai.


D'sous n'a mis, est-elle avare, frivole ou tellurique?

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#358 Le 29/11/2017, à 17:50

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

« La pensée de Karl Marx » (Jean-Yves Calvez)

Un ouvrage érudit qui présente dans le détail les différentes facettes de la pensée et du système de Karl Marx depuis ses premiers écrits jusqu'à son œuvre majeure, « Le Capital ». Une large part est consacrée à tout ce qui a trait à la philosophie de Marx, à ses influences et à leur dépassement. De temps à autre, l'auteur s'interroge aussi sur certaines contradictions de la pensée de Marx et sur son idéalisme aussi, ce qu'il appelle dans un chapitre : « Les difficultés de la pensée de Marx. »

Ouvrage parfois difficile d'accès d'où la nécessité de prendre son temps, de procéder aussi à quelques allers-retours, voire de prendre des notes pour s'y retrouver et prendre un peu de recul.

Mais c'est du sérieux et l'auteur fait preuve d'une grande honnêteté intellectuelle, il me semble.


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#359 Le 30/11/2017, à 18:54

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

« Commentaires sur la société du spectacle » de Guy Debord.

21 ans après avoir rédigé « La société du spectacle », l'auteur revient vérifier ses thèses dans un petit livre beaucoup plus accessible que le premier. Et il ne peut que constater que le spectacle a continué partout de se renforcer non seulement au centre mais jusqu'à de nouvelles périphéries.

En 1967, le spectacle qu'évoquait Debord était essentiellement celui du règne autocratique de l'économie marchande et des nouvelles techniques de gouvernement qui accompagnait ce règne.   

Tout en précisant qu'il n'y a pas un seul mot, pas une seule phrase à changer dans son premier opus de 1967, en 1988, Debord analyse l'emprise du spectacle dans toutes les sphères de la société et évoque la politique-spectacle, la justice-spectacle, la médecine-spectacle sous l'emprise des mass-media, toutes au service d'un « pouvoir spectaculaire qui détient tous les moyens de falsifier l'ensemble de la production aussi bien que celui de la perception. »

Quelques extraits de ces « Commentaires » qui résonnent très fort en 2017 (même si certains mériteraient d'être amplement discutés) :

Une définition précise à méditer pour commencer :

Guy Debord a écrit :

 La société modernisée jusqu'au stade du spectaculaire intégré se caractérise par l'effet combiné de cinq traits principaux, qui sont : le renouvellement technologique incessant, la fusion économico-étatique ; le secret généralisé ; le faux sans réplique ; un présent perpétuel. 


À propos d'un certain « mélange des genres » que beaucoup aiment bien pratiquer de nos jours (et pas que le personnel politique) :

 

Guy Debord a écrit :

C'est dans de telles conditions que l'on peut voir se déchaîner soudainement, avec une allégresse carnavalesque, une fin parodique de la division du travail ; d'autant mieux venue qu'elle coïncide avec le mouvement général de disparition de toute vraie compétence. Un financier va chanter, un avocat va se faire indicateur de police, un boulanger va exposer ses préférences littéraires, un acteur va gouverner, un cuisinier va philosopher sur les moments de cuisson comme jalons dans l'histoire universelle. 


À  propos de la société des « experts » :

Guy Debord a écrit :

Tout expert sert son maître. 

À  propos du "terrorisme" :

 

Guy Debord a écrit :

Cette démocratie si parfaite fabrique elle-même son inconcevable ennemi, le terrorisme. Elle veut en effet être jugée sur ses ennemis plutôt que sur ses résultats. (…) Les populations spectatrices ne peuvent certes pas tout savoir du terrorisme, mais elles peuvent toujours en savoir assez pour être persuadées que, par rapport à ce terrorisme, tout le reste devra leur sembler plutôt acceptable, en tout cas plus rationnel et plus démocratique. 

À propos de l'informatique :

 

Guy Debord a écrit :

Le langage binaire de l'ordinateur est également une irrésistible incitation à admettre dans chaque instant, sans réserve, ce qui a été programmé comme l'a bien voulu quelqu'un d'autre, et qui se fait passer pour la source intemporelle d'une logique supérieure, impartiale et totale. Quel gain de vitesse et de vocabulaire pour juger de tout ! Politique ? Social ? Il faut choisir. Ce qui est l'un ne peut être l'autre. Mon choix s'impose. On nous siffle, et l'on sait pour qui sont ces structures. Il n'est donc pas surprenant que, dès l'enfance, les écoliers aillent facilement commencer, et avec enthousiasme, par le Savoir Absolu de l'informatique : tandis qu'ils ignorent toujours davantage la lecture, qui exige un véritable jugement à toutes les lignes ; et qui seule aussi peut donner accès à la vaste expérience antéspectaculaire. Car la conversation est presque morte, et bien tôt le seront beaucoup de ceux qui savent parler. 

À propos de la Science :

Guy Debord a écrit :

 On ne lui demande plus de comprendre le monde, ou d'y améliorer quelque chose. On lui demande de justifier instantanément tout ce qui se fait. (…) Science de la justification mensongère » dans tous les domaines (chimie agro-alimentaire, industrie pharmaceutique...)

À propos du « Secret » et de la « Rumeur » :

Guy Debord a écrit :

 Notre société est bâtie sur le secret, depuis les « sociétés-écrans » qui mettent à l'abri de toute lumière les biens concentrés des possédants jusqu'au « secret-défense » qui couvre aujourd'hui un immense domaine de pleine liberté extrajudiciaire de l'Etat. 

(…)

La rumeur a été à l'origine superstitieuse, naïve, auto-intoxiquée. Mais, plus récemment, la surveillance a commencé à mettre en place dans la population des gens susceptibles de lancer, au premier signal, les rumeurs qui pourront lui convenir.

 

Et les solutions alors ? La (ou les) révolution(s) ?

D'un côté l'auteur est très lucide :

Guy Debord a écrit :

La cohérence de la société du spectacle a, d'une certaine manière, donné raison aux rêves révolutionnaires, puisqu'il est devenu clair que l'on ne peut y réformer le plus pauvre détail sans défaire tout l'ensemble. Mais, en même temps, cette cohérence a supprimé toute tendance révolutionnaire organisée en supprimant les terrains sociaux où elle avait pu plus ou moins bien s'exprimer : du syndicalisme aux journaux, de la ville aux livres. 

Mais à la fin il se lâche en évoquant la société qui devrait succéder à la révolution (et on sent là très fortement l'influence de Marx) :

Guy Debord a écrit :

 Il est juste de reconnaître la difficulté et l'immensité des tâches de la révolution qui veut établir et maintenir une société sans classes. Elle peut assez aisément commencer partout où des assemblées prolétariennes autonomes, ne reconnaissant en dehors d'elles aucune autorité ou propriété de quiconque, plaçant leur volonté au-dessus de toutes les lois et de toutes les spécialisations , aboliront la séparation des individus, l'économie marchande, l'Etat. Mais elle ne triomphera qu'en s'imposant universellement, sans laisser une parcelle de territoire à aucune forme subsistante de société aliénée.

(…)

Qui peut encore croire à quelque issue moins moins radicalement réaliste ? 


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#360 Le 31/12/2017, à 08:55

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

J'ai déjà évoqué tout le bien que je pensais de ce bouquin et de son auteur. . J'ai donc cherché à en lire un autre du même auteur et je suis tombé sur « Stark ». En fait, « Stark », c'est un ouvrage de jeunesse et on a l'impression qu'Edward Bunker « s'essaie » alors au polar et à la création d'une intrigue "noire". On peut donc y trouver des maladresses et des invraisemblances - assez marrantes quand on compare à « Aucune bête aussi féroce » qui, lui, est un ouvrage de la maturité vraiment abouti. Ceci dit, « Stark » je trouve que c'est un petit polar sympa qui se lit avec facilité et plaisir.

Dernière modification par jackpot (Le 31/12/2017, à 10:09)


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#361 Le 05/01/2018, à 10:36

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Touristes occidentaux amoureux du site antique de Palmyre passez vite ici votre chemin, ne serait-ce que par respect pour ce qui va suivre.  : car ici il n'est question que des vrais habitants de Palmyre, ceux qui y vivent depuis plusieurs générations et qui y ont subi le régime du clan Assad depuis des décennies, puis le passage de Daesh, puis le retour d'Assad après le départ de Daesh.

On ne le savait pas, on l'ignorait mais Palmyre c'est d'abord la plus inhumaine prison du régime qui s'y trouvait depuis longtemps, pas très loin des cohortes de touristes, et où des opposants du régime y ont été torturés jour et nuit. Tout est raconté avec force détails par des locaux qui « savaient » en rasant les murs. Donc des Palmyriens qui étaient au courant parlent et racontent. Cette prison cachée en plein désert, tout près du site archéologique, a été trouvée vide par les troupes de Daesh. Tous les prisonniers « sensibles » y avaient  été transférés de nuit par les troupes d'Assad avant l'arrivée de Daesh. Elle a ensuite été détruite aujourd'hui mais pas sa mémoire...

Palmyre c'est aussi le trafic clandestin organisé des antiquités par le régime, par Daesh puis par le régime. Une incroyable exploitation des sites archéologiques pour alimenter les caisses des uns et des autres. Là encore tout est raconté par des locaux.

Palmyre, pendant son occupation par Daesh,  c'est aussi un ensemble de « deal » entre le régime et ses occupants provisoires. Par exemple pour la gestion des sites gaziers locaux bien plus importants aux yeux des uns et des autres que le site archéologique et les richesses à en tirer.

Palmyre c'est aussi la haine ancestrale sunnite des Palmyriens pour les troupes alaouites d'Hafez et de Bachar, Palmyriens qui considèrent quelque temps les troupes de Daesh comme des libérateurs mais qui vont vite, très vite déchanter en quelques jours d'occupation quand ils vont voir comment ces « libérateurs » se comportent à l'égard des habitants et du site.

Palmyre ce sont donc des habitants pris en otage par le tourisme occidental, par le régime du clan Assad, par Daesh puis par Assad et son allié russe. Encore des cocus de l'Histoire, en somme...

Un bouquin à lire vraiment et dont on sort édifié : « Le sacrifice de Palmyre » de Leïla Miňano


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#362 Le 29/01/2018, à 09:09

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

C’est le match des deux Alain, Badiou contre Finkielkraut, une sorte de combat rapproché mais sans qu’on en vienne aux mains, un combat intellectuel en somme, argument contre argument, conviction contre conviction, un combat orchestré par l’excellente Aude Lancelin qui n’accepte de le faire que parce qu’elle estime que la pensée de l’un comme de l’autre est quand même un peu plus complexe qu’il n’y paraît.

Quatre grands thèmes sont abordés autour de cette « explication » qui aura duré 4 heures IRL et qui est entièrement retranscrite ici : « De l’identité nationale et des nations »« Du judaïsme, d’Israël et de l’universalisme» « De Mai 68»  « Du communisme (passé et à venir) »

Les points de vue et les convictions des deux Alain sont complètement opposés et irréconciliables, on le savait déjà, pourtant ils échangent ici et c’est ça qui est intéressant pour le lecteur qui peut lui-même s’enrichir tout en étant tenté de donner tantôt un point à l’un, tantôt un point à l’autre. Ce ne sont pas deux monologues, deux discours séparés, non : chacun des deux Alain rebondit sur le propos de l’autre, sans trop d’attaques personnelles (car il y a quand même quelques vieux comptes à régler, c’est manifeste !)

Et, chose incroyable, puisque chacun s’exprime dans sa complexité, il arrive que les deux Alain puissent tomber exceptionnellement d’accord sur quelques points très précis !  Par exemple sur « l’universalisme français » - « universalisme français » qui a particulièrement le don de m’agacer bon mais c’est juste mon avis-  ou sur le fait que « la France, c’est fini » comme le résume magistralement Badiou, ou encore que Mai 68 a tué toutes les hiérarchies et indifférencié toutes les opinions, toutes les échelles de valeurs, ce qui paraît regrettable pour nos deux Alain. On voit même Badiou, pourtant apôtre internationaliste du dépérissement de l’Etat-Nation, rappeler qu’il aime pourtant son pays, la France, et qu’il voit disparaître certaines choses avec la même « mélancolie » que son adversaire Finkielkraut!

C’est une « explication » tout simplement passionnante, avec de nombreuses références et citations, une « explication » qui fait réfléchir aussi, qui étonne parfois (je pense à la référence clairement platonicienne pour un adepte du matérialisme historique comme Badiou) et qui donne envie de rebondir. On aimerait bien les interpeller ces deux-là ! Pas tant Finkielkraut, vraiment trop arc-bouté sur ses convictions que  Badiou peut-être plus souple et qui ne semble pas voir, dans son projet communiste, que la nécessité d’un dépérissement de l’Etat- nation pour lequel il milite, c’est le combat même du néo-libéralisme déjà à l’oeuvre dans pas mal d’endroits du monde avec la complicité plus ou moins directe de pas mal de nos dirigeants ! Et que celui-là est bien en marche et en voie d'être achevé IRL !

« Badiuou/Finkielkraut  L’Explication » Conversation avec Aude Lancelin (Editions Lignes)


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#363 Le 07/02/2018, à 19:20

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

« Dès ma petite enfance, mon père, bien des fois m’avait parlé du Pavillon d’Or ».

C’est la première phrase de cet ouvrage étonnant dont le jeune Mizoguchi est le personnage central :  un jeune adolescent bègue de naissance qui n’arrive jamais à s’exprimer correctement et dont la plupart des camarades se moquent, qui vit en solitaire et en reclus, mais qui est fasciné par la splendeur du Pavillon d’Or de Kyoto, érigé au XIV °,  qu’il érige en modèle absolu de Beauté et qui semble constituer sa seule raison de vivre. Au point que ses études le conduisent à devenir apprenti moine zen dans ce lieu magique.

Mais au fil du temps, sa fascination pour la splendeur de ce temple se transforme en jalousie qui le ramène à son handicap et à une sorte de haine de soi qu’il entretient, en fait, depuis sa plus tendre enfance : en fait, c’est comme si la beauté de ce temple l’empêchait de vivre et d’être enfin lui-même, libre de toute comparaison.

Une autre haine est en jeu aussi à l’encontre du Prieur qui dirige le temple et qui incarne, aux yeux de Mizoguchi, l’hypocrisie religieuse, l’impuissance réelle des adultes mais aussi le conformisme et la décadence de l’institution bouddhique d’après-guerre. Alors une idée folle commence à naître dans l’esprit de ce jeune moine déshérité…Une idée folle quoique très profonde dans la culture zen : à savoir que « la Beauté est structurée de néant ». Donc…

C’est un roman, une fiction inspirée d’un fait divers réel survenu en 1950 et qui a ébranlé tout le Japon, un roman aux pages magiques, avec des descriptions très « naturalistes » de lieux et de paysages japonais d’un pur régal pour le lecteur et qui font pénétrer au coeur même de l’âme japonaise traditionnelle et de son rapport particulier à la nature, des pages lentes et tranquilles qui plongent aussi au coeur de la vie feutrée d’un monastère bouddhique. Mais à un moment, le jeune Mizoguchi  fuit ce temple pour retrouver un des lieux de son enfance, sur le littoral japonais.

Extrait du passage :

Yukio Mishima a écrit :

 Mais, à y repenser aujourd’hui, je m’aperçois que ce voyage, je ne l’avais entrepris que pour répondre à un appel de la mer (…) : la mer sauvage et vierge, approchée dans mon enfance aux bords natals du cap Nariu, à la mer au grain rude, impatiente, éternellement grosse de colères, qui borde le revers du Japon (…)
Le grève dévalait vers la mer où elle plongeait en entonnoir. Foulant le sable de granit je m’avançai vers la ligne de vagues. C’est alors que je me sentis inondé d’allégresse, certain que chaque pas me rapprochait de la CLÉ de mon illumination. Le vent dur, glacé, gelait mes doigts sans gants, mais je n’y prenais pas garde.
C’était donc la mer du Japon ! La source de tous mes malheurs, de mes pensées ténébreuses, de ma laideur et de ma force ! Qu’elle était houleuse ! Les vagues, sans repos, l’une suivant l’autre, roulaient vers la côte. Entre deux replis, on devinait la surface grise et lisse de l’abîme. Dans le ciel lugubre, au dessus du large, les nuées entassées alliaient la délicatesse à la pesanteur ; car leur masse lourde sans frontières nettes, avait comme une frange de duvet froid, d’une insupportable légèreté qui emprisonnait ce qu’on pouvait prendre pour un coin de ciel bleu pâle. Les collines violettes du promontoire défiaient les flots de plomb. Chaque chose était prise dans un mélange d’agitation et d’inertie, de forces sombres jamais en repos et de reflets immobilisés dans un figement minéral (…)
Une idée me traversa soudain (…) Jaillie d’un seul coup au fond de moi, elle me livra le sens de mon illumination m’inondant d’une lumière vive (…) C’est elle, maintenant, qui m’enveloppait dans ses plis ; et elle disait : IL FAUT INCENDIER LE PAVILLON D’OR.

Et, de fait, voici ce que ça a donné en 1950 (même si l’incendiaire réel, un jeune moine considéré alors comme débile est librement réinventé dans la fiction qui nous occupe ici) : https://upload.wikimedia.org/wikipedia/ … inkaku.jpg

On est aussi captivé  par les rapports humains étroits et privilégiés que ce jeune étudiant tisse avec deux de ses camarades (Tsurukawa et Kashuwagi) qui semblent être ses deux seuls initiateurs dans un monde japonais d’après-guerre sans repères.

Encore un livre que, trop pressé, j’ai d’abord commencé à mal lire avant de revenir sur mes pas et de prendre le temps de déguster comme un thé vert japonais délicieux parce que j’ai vite réalisé que j’avais simplement affaire à un pur chef d’oeuvre, là.

À l’heure de l’expression et de la « pensée » Tweeter  qui se répand un peu partout, à l’heure où tout va si vite et de manière aussi superficielle, ce bouquin est une pépite si on accepte de se poser un moment en laissant courir  son imagination qui peut s’en aller faire son propre cinéma, pas comme on est derrière un écran et que le cinéma et les images, les flashs décérébrants et les séquences à un dixième de seconde, ce sont les autres qui vous les imposent !

Ce livre n’est pas tant captivant pour l’intrigue elle-même - elle peut se résumer à trois fois rien si on s’en tient au seul fait divers- mais pour le style de cet auteur que je ne connaissais pas, pour l’atmosphère indicible qu’il arrive à créer autour d’une histoire vraie, pour la manière dont il raconte les choses, pour la psychologie des personnages qu’il met en scène et qui peut tant dérouter le lecteur occidental.

Il y a autre chose aussi, susceptible d’intéresser les « spécialistes » : c’est toute la généalogie d’un acte criminel et l’étude psychologique d’une déviation paranoïaque qui sont mises en scène et décrites, en fait...

Le Pavillon d’Or de Yukio Mishima, un grand auteur japonais dont j’ai à présent envie de découvrir bien d’autres créations ! Au risque d’être déçu, je le sais, car c’est rare, très rare que l’on puisse être autant envoûté par une autre œuvre d’un même auteur…

Edit : le Pavillon d’Or a  bien sûr été entièrement reconstruit à l’identique en 1955 et demeure un haut lieu touristique au Japon, photographié sous toutes les coutures, en toutes saisons, par des milliers de visiteurs = https://jack35.wordpress.com/2014/01/26 … oto-japon/

+
https://www.google.fr/search?q=photos+p … NEJJNywpvM:

Il y a même des membres de ce forum qui l'ont photographié et qui ont posté leurs photos dans des topics dédiés, je m'en souviens. Et moi-même ! tongue

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#364 Le 07/02/2018, à 19:52

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

 « Le coeur supplicié (ou Coeur volé ») c’est loin d’être mon poème préféré de Rimbaud. Je l’ai toujours trouvé illisible, trop littéraire et ampoulé. Jusqu’à l’autre jour, en voiture, une oreille à l’écoute deFrance Inter, lorsque je suis tombé sur l’écrivain Jean Teulé qui parlait justement de ce poème et de sa véritable signification. Il suffisait pour cela- disait-il- de remplacer, par exemple « Le Coeur Volé » par le plus véridique « Cul Violé » ou « Cul supplicié » : et alors là, effectivement, tout s’éclairait !

J’ai alors moi-même effectué cette relecture en tenant compte de cette variation et alors les choses ne font plus de doute : oui, tout s’éclaire en effet !

Voici d’ailleurs une relecture du poème avec les commentaires appropriés : http://abardel.free.fr/petite_anthologi … norama.htm

C’est une chose que j’ignorais totalement, le jeune Arthur alors âgé de 16 ans et demi, ado peut-être bien encore vierge, aurait été sodomisé par un groupe de soldats ivres (des Communards ? Des Versaillais?) à Paris en 1870, durant l’épisode de la Commune.

Épisode bien cruel travesti poétiquement dans cette création par celui qui l’a vécu et qui a dû en être marqué toute sa vie - avant qu’il ne vive un bref épisode homosexuel (consenti lui) avec son épisodique ami Verlaine.

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#365 Le 12/02/2018, à 21:48

navtex

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Lire la "société du spectacle" c'est passer à coté du "traité de savoir-vivre à l'usage des ...." de raoul vaneigem, tres populaire à l'époque et accessible depuis.
Leurs lecteurs se foutant totalement de l'avenir qu'ils avaient deviné.

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(Keep the wind in your back)

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#366 Le 13/02/2018, à 09:19

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Il ya peut-être une possibilité de les réunir.

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#367 Le 07/03/2018, à 09:51

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Contrairement à Onfray ou BHL, on ne le voit guère passer de plateaux en plateaux pour discourir du bien et du mal ou exprimer son avis sur tout ce qui bouge. C’est un philosophe discret mais profond, à l’immense culture nourrie d’admirations profondes pour de grands penseurs morts ou vivants,  mais aussi un philosophe de la vie concrète, loin des spéculations abstraites. Dans ce livre d’entretiens il retrace son cheminement personnel (étudiant puis prof et écrivain), les lectures qui l’ont marqué et surtout : comment il en a extrait son propre miel et élaboré ses propres choix et ses  convictions définitives de philosophe contre toutes les modes car il est clairement plus intéressé par tous les grands philosophes antiques que par les philosophes modernes du XX° (il a souvent été critiqué et déconsidéré par une certaine intelligentsia parisienne pour ça d’ailleurs mais il s’en fiche!)

De nombreux sujets sont abordés (conceptions philosophiques bien sûr mais aussi politique, civilisations, capitalisme, ses conférences en milieux d’entreprises…) et il répond aux questions de son interlocuteur avec une totale franchise mais aussi une totale pertinence.

Un passage qui peut définir la position de ce philosophe :

« Refus de la transcendance et de l’idéalisme, du positivisme, du nihilisme, de la veulerie. Je me reconnais dans la revendication nietzschéenne d’une philosophie qui sert à vivre – pas seulement à penser- et qui débouche sur une éthique « tragique », « affirmative », « créatrice », sans autre monde que celui-ci, sans autre récompense qu’elle même. »

Un ouvrage qu’on peut ressentir comme un bon compagnon de lecture qui peut aider à faire son propre chemin et partir à la recherche d’autres œuvres.

André Comte-Sponville n’impose rien, n’assène rien, ne vitupère jamais mais touche infiniment et ce qu’il affirme -toujours avec nuance, réflexion et circonspection-  peut s’infiltrer en nous, bien plus en profondeur qu’en surface. C’est un excellent pédagogue et un sacré « passeur ».

Deux réserves toutefois de ma part : chez lui, une tendance peut-être un peu trop prononcée à jouer de certaines figures de style qui peuvent faire penser à du sophisme + des positions politiques comment dire… un peu trop « nuancées » peut-être ? Il se situe à gauche type Hollande et Valls… Bon, passons vite sur ces choix qui pourraient vite fâcher. Et ceci n’est que mon avis.

Sinon, j’ai profondément apprécié ce livre et pris de nombreuses notes car il y a des passages magnifiques.

« C’est chose tendre que la vie » Entretiens avec François L’Yvonnet  d’André Comte-Sponville


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#368 Le 01/05/2018, à 08:19

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Une jeune directrice littéraire reçoit le manuscrit d’une femme née en 1941 qui raconte l’histoire de sa mère et à travers elle, la sienne.  Histoire fascinante  couvrant soixante ans de nombreuses séquences : comme celle de sa mère, d’abord épouse soumise à un mari admiré, lui-même admirateur de Maurras et de Pétain , administrateur des colonies (Indochine puis Nouvelle-Calédonie), puis de sa mère épouse s’émancipant sexuellement et politiquement, finissant par demander le divorce à une époque où cela était très mal vu, sa mère devant connaître le danger d’un avortement clandestin chez une « faiseuse d’anges », sa mère défendant la cause des femmes dans l’univers humain et juridique complètement machiste de ces années-là.

La directrice littéraire n’est pourtant touchée ni par le style ni par la construction de ce récit trop strictement autobiographique mais par la femme qu’elle entrevoit derrière. Elle aimerait mieux la connaître.

Elle joint alors l’auteure pour un rendez-vous le 16 septembre 2016 : c’est un coup de foudre amical réciproque et les deux femmes s’entendent sur le fait qu’il y aurait de nombreux remaniements à faire pour rendre l’histoire plus vivante.

Elles se mettent alors au travail dans une entente parfaite et une confiance totale mais l’auteure vieillissante est affectée par de graves problèmes de santé et elle confie à un ami : « s’il m’arrive quoique ce soit, promets-moi de terminer le livre avec Caroline. »

Evelyne Pisier décède le 9 février 2017.

C’est une tragédie pour la jeune éditrice de 30 ans privée à la fois d’une amie et d’une entreprise littéraire qui s’annonçait fructueuse.

Alors Caroline Laurent reprend le défi et à l’aide du manuscrit autobiographique mais aussi de nombreuses photos, carnets, archives, elle poursuit seule cette collaboration commencée avec Evelyne.

Toute cette histoire est vraie.  La rencontre entre ces deux femmes est vraie mais aussi, au niveau du récit, les épisodes étouffants d’enfance vécus en Indochine  puis  en Nouvelle-Calédonie colonisées. Jusqu’à l’incroyable relation amoureuse d’Evelyne Pisier (Lucie, la fille de sa mère Mona dans le roman) avec El Lider Maximo à Cuba !

« Et Soudain, la Liberté » (Evelyne Pisier/ Caroline Laurent). Ce livre de 430 pages = un bon compagnon durant plusieurs jours, j’ai vraiment marché ! smile Le genre de livre qu’on referme avec le regret qu'il ait pu avoir une fin...

Edit : https://culturebox.francetvinfo.fr/livr … nin-262063
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https://www.youtube.com/watch?v=QRpccxgeQKU

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#369 Le 18/05/2018, à 18:29

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Le mot « utopie » a mauvaise réputation, on le tourne souvent en dérision. On dit d’une utopie que c’est quelque chose de pas sérieux, d’irréalisable etc etc. Et pourtant, dans l’histoire de l’humanité des centaines d’utopies sont devenues réalité. Dire au Moyen-Âge qu’on irait un jour sur la lune était une utopie : qui est devenue une réalité quasiment banale aujourd’hui.

Le souci c’est le décalage temporel qui existe entre le temps où l’utopie est imaginée par des esprits visionnaires et celui où elle se réalise.

Dans ce livre passionnant et vraiment bien référencé sont traités entre autres :

- la question du revenu universel pour en finir avec la pauvreté et les inégalités
- la semaine de travail des 15 heures pour la répartition d'un travail en voie de disparition avec l'automatisation et la robotisation, pour en finir aussi avec le chômage de masse propre à l’économie capitaliste,
-  un monde sans frontières avec des arguments qui peuvent faire mouche.

Imaginez, si une unique mesure pouvait effacer toute la pauvreté existante, permettant à chacun en Afrique de s’élever au-dessus de son seuil de pauvreté. Au passage, cette mesure nous apporterait quelques mois de salaires en plus à nous aussi. Imaginez ? Prendrions-nous cette mesure? Non. Bien sûr que non. Et pourtant : c’est le meilleur plan qui ait existé. Je parle d’ouvrir le frontières. Pas seulement aux bananes, aux produits dérivés d’Iphone mais à tout le monde : travailleurs manuels et intellectuels, réfugiés et gens ordinaires à la recherche d’un endroit où l’herbe est plus verte.
(….)
Un économiste de l’Université du Wisconsin a calculé que l’ouverture des frontières boosterait le revenu d’un Angolais moyen d’environ 10.000 $ par an et celui d’un Nigérian de 22.000 $ par an.

L’auteur conçoit que l’ouverture des frontières risquera d’en scandaliser plus d’un. Mais il rappelle que les frontières étaient pour ainsi dire ouvertes il y a encore un siècle et qu’à la veille de la Première Guerre mondiale les passeports étaient rares et que les pays qui en émettaient (comme la Russie et l’Empire ottoman ) étaient alors considérés comme peu civilisés.

Il passe aussi en revue, un par un, tous les arguments habituels qui rendent aux yeux de l’opinion courante l’ouverture des frontières irréaliste (« ce sont tous des terroristes », « ce sont tous des criminels », « ils sapent la cohésion sociale », « ils nous prendront nos emplois », « le travail bon marché des immigrés fera baisser nos salaires », « ils sont trop paresseux pour travailler », « ils ne repartiront jamais ».) Un par un, avec chiffres, statistiques et références probantes à l’appui, il démontre que tous ces arguments ressassés H24 dans tous les médias mainstream sont inexacts voire carrément faux dans de très  larges proportions. Et que, non seulement l’ouverture des frontières serait profitable à ceux et celles qui les franchissent mais aussi à nos propres intérêts et qu’elle boostera sans nul doute les croissances économiques de nos pays dans des proportions qu’on  ne peut pas imaginer.

L’auteur s’en prend aussi à ce qu’il qualifie de « bullshit jobs » (boulots de merde) qui, selon lui, ne produisent pas de vraies richesses ni d’argent mais qui se contentent en fait de déplacer l’argent de poches vers d’autres poches et parfois même le détruisent. "Boulots de merde" qui, même aux yeux de ceux qui les exercent,  ne présentent ni sens ni importance mais auxquels on accorde de la valeur uniquement parce qu’ils sont bien rémunérés  : opérateurs en télémarketing, responsables en ressources humaines, stratèges en réseaux sociaux, conseillers en relations publiques, traders, courtiers, statisticiens, publicistes etc..

L’auteur les oppose aux métiers qui, selon lui, eux produisent de la vraie richesse, de la vraie valeur ajoutée (même immatérielle) comme les métiers d’ingénieurs, d’inventeurs, d'enseignants, d’infirmières etc. et qui sont le plus souvent sous-rémunérés et moins bien considérés.

Zoom particulier sur les éboueurs new-yorkais : dans les années 60, une grève des éboueurs due à leurs conditions de travail indignes et leurs salaires de misère de la ville a nécessité le déclenchement de l’état d’urgence : les rats circulaient partout, l’air était irrespirable, la situation sanitaire de la ville devenait catastrophique !  C’est alors qu’on a compris en hauts lieux qu’un éboueur était bien plus nécessaire à la ville qu’un trader !

Résultat aujourd’hui ? Une chose incroyable qu’on aurait pu considérer comme une utopie à l’époque : A New-York, tout le monde veut devenir éboueur! Et pour cause !

« Le salaire annuel d'un éboueur à New York? Jusqu'à 70.000 dollars. Dans la plus grande ville des Etats-Unis, le métier est valorisé. "Ce sont des héros", dit-on d'eux. »

"Utopies réalistes" de Rutger Bregman, un bouquin revivifiant et oui : parfaitement réaliste si on réfléchit bien !

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#370 Le 19/05/2018, à 18:35

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

En épilogue à son ouvrage Rutger Bregman cite cette jolie définition de l’utopie selon Eduardo Galeano ( 1940-2015)

Eduardo Galeano a écrit :

 L’utopie est à l’horizon. Je m’approche de deux pas : elle recule de deux pas. Je fais encore dix pas et elle s’éloigne en courant de dix pas. J’aurai beau avancer, je ne l’atteindrai jamais. À quoi sert donc l’utopie ? Elle sert à cela : continuer à marcher. 


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#371 Le 04/06/2018, à 17:14

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Il vous tarde d’être vieux pour découvrir tous les avantages de « l’âge vénérable ? » tongue

Voici le petit livre rafraîchissant qu’il vous faut. Un petit livre en gros caractères de 93 pages très facile d’accès et qui se lit en une heure.

Sont traitées les 4 présupposés suivants à propos de la vieillesse :

1) Elle nous écarterait de la vie active
2) Elle affaiblirait notre corps
3) Elle nous priverait des meilleurs plaisirs
4) Elle nous rapprocherait de la mort

L’auteur prend le contre-pied de chacun de ces présupposés et les démonte (ou les relativise) point par point.

Par exemple, concernant la question de la baisse de la vigueur sexuelle, voire de sa disparition dans la vieillesse, voici ce qu’il nous dit  :
 

Il n’est de pire calamité pour l’homme que le plaisir du sexe ; de fléau plus funeste que ce cadeau de la nature. La quête effrénée de la volupté est une passion possessive, incontrôlée. Elle est la source de la plupart des trahisons envers la patrie de la chute des États, des connivences funestes avec l’ennemi. Il n’est pas un crime, un forfait que la concupiscence ne puisse inspirer. C’est à cause d’elle que l’on commet viols, adultères et autres turpitudes. Autant l’intelligence constitue le plus beau cadeau fait à l’homme par la nature, autant l’instinct sexuel demeure le pire ennemi de celui-ci. 

Autrement dit : quel bonheur de ne plus avoir enfin à courir à droite et à gauche pour la satisfaction d'une simple quête sexuelle ! lol

L’auteur évoque ensuite ce qui délasse et divertit sa vieillesse : par exemple, les joies de l’agriculture. Avec de beaux passages qui coulent comme de l’eau de source, comme celui-ci :
 

Dois-je rappeler comment se plante, pousse et se taille la vigne ? Je n’insisterai pas sur la vigueur propre à tous les produits de la terre, capables d’engendrer des troncs et des rameaux de belle taille à partir de graines minuscules que celles de la figue, du raisin ou d’autres fruits. Les cossettes, les boutures, sarments, plantes vives ou provins n’enchantent-ils pas tout le monde ? La vigne, on le sait, tend à s’affaisser si on ne la soutient pas. On la voir s’agripper d’elle-même à tout ce qu’elle trouve avec ses vrilles qui sont autant de mains. Quand elle pousse dans tous les sens ses ramures serpentines et vagabondes, l’agriculteur, armé d’une lame, vient la tailler adroitement pour l’empêcher e donner une forêt de sarments anarchiques et démesurés. Au printemps, sur les nœuds des sarments, poussent des excroissances qu’on appelle bourgeons et où naîtra la grappe.  Celle-ci grossit bientôt grâce à la sève qu’elle tire du sol et à la chaleur du soleil. 

Il évoque aussi l’entretien de sa mémoire par l’activité intellectuelle, l’utilité des conseils de sagesse aux plus jeunes et le bon rapport à avoir avec l’approche de la mort.

Né en 106 avant J-C, mort en 43 av J-C, il fut tour à tour homme politique, orateur, brillant avocat et… philosophe : il s’agit de CICÉRON « Savoir Vieillir » (Editions Arléa/ traduit du latin par Christiane Touya)

Un petit bouquin plein d’intelligence et de bon sens qui nous vient de l’Antiquité et qui peut servir à revisiter notre époque obsédée par la culte de l’éternelle jeunesse ! smile

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#372 Le 08/06/2018, à 07:53

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Je m’appelle Virginie Baudet. J’ai 25 ans et j’étais serveuse dans un bar. Le bar en question s’appelle le Bouddha Boudoir. J’ai été serveuse là-bas pendant plusieurs années, 5 précisément. Et je n’ai rien vu venir. Franchement, je n’ai pas calculé l’enchaînement des événements et je ne sais plus exactement comment tout ça a commencé. Mais si je me souviens bien, c’était un soir de service. Un soir comme un autre.
Au Bouddha Boudoir, je faisais des horaires de nuit, de 18 heures à 4 ou 5 heures du mat’ en général. C’est un bar branché du 11° arrondissement de Paris. Et tous les soirs c’est plein. Et toute la déco, c’est des bouddhas. Juste des bouddhas. Partout des bouddhas. Que des bouddhas.
Les gens adorent cet endroit, ils adorent les bouddhas. Ils sont même prêts à payer trente balles un cocktail juste parce qu’il y a des bouddhas. Ça doit les détendre de boire avec l’approbation d’une divinité. Finalement c’est décalé, c’est un peu comme si on mettait une murge avec les Christ dans un igloo. Pourquoi pas.
Et ce soir-là ; moi, comme d’habitude, je servais les clients. Ils étaient installés dans des sofas en velours violet. Entre de gros coussins roses. Avec des bouddhas brodés dessus. Brodés d’une sorte de fil d’or, mais en toc. Dans n’importe quel autre endroit on trouverait ça de mauvais goût, les canapés en velours violet et les coussins rose bonbon, mais là, avec des bouddhas dans chaque recoin du bar, tout le monde trouvait ça charmant. C’est vrai que c’est pas laid. Je crois que c’est même ce qu’on appelle du design, en tout cas ils ont dû payer une designer blinde pour faire la déco.

Envie de connaître la suite ? Elle est .


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#373 Le 19/06/2018, à 16:15

jackpot

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

La philosophie en entreprise, faut le faire quand même ! Et bien c’est le challenge de ce petit livre sans prétention qui, avec beaucoup d’humour, nous y plonge en analysant tous ses rites, tous ses codes, tous ses travers, son langage souvent ampoulé et absurde.  Et en avant les process, les tours de table, le brainstorming, la transparence, le win-win, le burn-out (très difficile à évoquer ça pour l’auteure intervenant en entreprise : sujet tabou!), la deadline etc. Tout cela avec beaucoup de références aux apports de grands philosophes et de grands courants philosophiques mais évoqués brièvement, en situation, et sans prétention ni grandiloquence. Juste pour donner envie au non initié d'y aller faire un tour.

Un petit bouquin vraiment sympa qui se lit facilement.

« Socrate au pays des process » de Julia de Funès, titulaire d’une double formation en philosophie (doctorat) et en ressources humaines (DESS RH) elle intervient aujourd’hui auprès de grandes et petites entreprises.


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#374 Le 03/09/2018, à 06:11

bosolo

Re : Qu'est-ce que tu lis en ce moment...?

Simone Weil - Note sur la suppression générale des partis politiques

Note sur la suppression générale des partis politiques a écrit :

Simone Weil
Note sur la suppression générale des partis politiques
Suivi de Mettre au ban les partis politiques par André Breton et Simone Weil par Alain. Nouvelle édition
Avant-propos : Jacques Julliard
«Les partis sont un merveilleux mécanisme, par la vertu duquel, dans toute l’étendue d’un pays, pas un esprit ne donne son attention à l’effort de discerner, dans les affaires publiques, le bien, la justice, la vérité.
Il en résulte que – sauf un très petit nombre de coïncidences fortuites – il n’ est décidé et exécuté que des mesures contraires au bien public, à la justice et à la vérité.
Si on confiait au diable l’organisation de la vie publique, il ne pourrait rien imaginer de plus ingénieux.»


Nota bene : je suis évidemment Igor, mais j’ai pris une résolution : plus de post après l’apéro, ça évitera que je pète un plomb pour rien : D

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